mercredi 30 janvier 2013

Mastering complex endgames de Naroditsky vu par Le Marquis


Variantes a le plaisir de présenter ici le texte critique du Marquis à propos de l'ouvrage Mastering complex endgames par Daniel Naroditsky.





Mastering complex endgames par Daniel Naroditsky, ouvrage de 2012 aux éditions New in Chess. Préface de Yasser Seirawan. 304 pages, 133 exemples et 24 exercices, vendu 29 euros à la librairie "Variantes" à Paris.

Jadis, un bon joueur d'Echecs se définissait dans l'imagerie populaire par les caractéristiques suivantes : de sexe masculin, autour de 35 ans, portant barbe (!) et lunettes de préférence. On a vu, au fil des années, ce cliché se désintégrer, mais un autre préjugé demeurait concernant les auteurs de livres, surtout sur les finales. Il fallait, n'est-ce pas, être expérimenté, cultivé, savoir écrire sans trop de fautes, connaître les joueurs passés et présents, avoir roulé sa bosse, etc. Toutes qualités qu'on acquiert avec l'âge. Du plomb dans la cervelle, disaient nos grand-mères. Et d'ailleurs, Rimbaud nous le dit bien, on n'est pas sérieux quand on a 17 ans.

L'auteur qui nous occupe semble d'un avis différent. Il publia son premier livre, Mastering positional chess en 2010, à l'âge de 15 ans. Celui-ci est le second, qui risque d'être bientôt le deuxième. Et le premier sur les "finales". Et ce n'est pas une mauvaise surprise. La 4e page de couverture insiste avec raison sur la "clarté d'explications" et la "maturité de style" de l'auteur.

En réalité, il ne s'agit pas d'un traité systématique de finales au matériel élémentaire, dans le style Averbach ou Chéron, mais d'une collection d'exemples le rapprochant plutôt des préfinales de Cherechevsky ou des nuckies de Flear. Dans la plupart des positions du livre, il y a, Rois mis à part, deux figures dans chaque camp. Le choix même du thème met l'auteur à l'abri de nombreuses critiques. Quand on traite des fondements de la théorie, il faut éviter de donner de fausses informations sur des positions de base, qui risquent d'accompagner l'étudiant jusqu'à la découverte de la vérité, par le biais d'une partie perdue, en général. Mais si l'on se borne à faire une liste des principales idées, comme l'activité des figures, le raisonnement par plans plutôt que l'accumulation des variantes (du moins quand c'est possible) en les illustrant par des exemples, le risque est moins grand.

Parmi les sujets traités, les finales avec 4 Tours, avec T + F de part et d'autre (de couleurs différentes ou de même couleur), avec T + F contre T + C, avec D et pièce mineure de chaque côté. Et tout de même quelques finales à une figure par camp, de Tours, de Dames, de Fou contre Cavalier, etc.

Bien sûr, notre jeune auteur faisant partie de la cybergénération, nous aurons un peu plus de mal à dénicher des erreurs, le Monstre de silicium ayant déjà beaucoup ratissé (quoique les pages 68 et 103 semblent montrer qu'il n'utilise pas les tablebases à 6 unités). Mais nous essaierons tout de même ! L'utilisation qu'il fait de l'ordi est intelligente : à tout moment, il se remet dans la peau du joueur de tournoi et s'efforce d'évaluer les chances de trouver effectivement le bon coup. Si elles sont minces, il conclut que la suite qui amène cette position ne vaut rien. Un exemple à suivre par les journalistes échiquéens...

Quelques remarques néanmoins. Etrangement, quelques pages sont d'un niveau inférieur à l'ensemble (écrites à l'âge de 12 ans ?). Un tic de langage : "une intéressante position a surgi sur l'échiquier".

p. 52 : dans Ra3, Tc3, Pb5 & g3 / Rf5, Td2, Pf7, g5 & h6, je ne parviens pas à démontrer le gain noir annoncé, le pion "b" me semblant assez fort pour combler le déficit matériel.

p. 53 : dans Rb5, Tc3, Pa6, b3 & g3 / Rg4, Td2, Pc2, f5, g5 & h6, la poussée du pion "b" me semble promettre davantage que celle du pion "a", seule mentionnée.

p. 54 : une typo, c'est bien sûr 5 g3. Et je ne partage pas le pessimisme de l'auteur après 2...exd5+ (au 27e de Kramnik-Ivantchouk 1998) malgré la "faiblesse irréparable" des pions de l'aile-Roi.

p. 58 : je peux reprendre mot pour mot une remarque sur Rabinovitch, "il n'est plus possible, de nos jours, de parler de Capablanca-Tartakower 1924 en faisant l'impasse sur 35...Rg8". En revanche, l'analyse de 36...c5 comporte des éléments nouveaux.

p. 59 : commentaire erroné. "Pas de défense contre Ta6 et Tc6" ? Mais Tc6 est impossible et Ta6 est simplement contré par ...Rf8.

Un petit exercice facile et charmant composé par l'auteur : Rh5, Tb7, Pf5 & g2 / Rh8, Tc8, Pb5 & c4. Jouez-vous 1 Txb5 ou 1 f6 (ou autre chose) ?

p. 67 : du nouveau aussi sur une autre partie célèbre (Karpov-Hort 1979), même s'il est possible d'être en désaccord avec certaines conclusions.

p. 68 : 15 g5 (toujours Karpov-Hort) est sans doute une typo, car cela perd la Tf5. Est-ce 14 g5 plutôt ? Mais alors 22...Txg5 n'est pas "également bon" mais perdant.

p. 81 : proposer 4...c5, d'accord, mais quid de 5 dxc5 obtenant deux pions passés ? Coup d'ailleurs conseillé à la page suivante, sans grands changements dans la position.

p. 90 : 1...Re8 (non envisagé) est tout de même meilleur (au 66e de Larsen-Lengyel 1964). Et 3...Te2 est sans doute une typo pour 3...Fe2, mais le gain est improbable.

p. 96 : il me semble que la finale de pions n'est pas si automatiquement gagnante que suggéré. Les Noirs dans Rd4, Pb2, c3, f2, g2 & h2 / Rd6, Pb5, d5, f7, g6 & h5 s'en sortent avec le trait (1...g5!) et ne perdent que si leur ...f6 peut être cassé par f4, g3, h3, g4-g5 avec accès du RB en e5.

p. 100 : la suggestion du joueur des Blancs (34...g5 dans Rozentalis-Glek 1996) gagnerait à être étudiée.

p. 102 : plutôt d'accord avec Stohl, 6...Te8 (soit le 36e de Danielsen-Hillarp Person 1997) avec 10...Rh7, voire 10...Fxc4.

p. 103 : comme souvent (dans d'autres ouvrages), l'exposé d'un beau gain "convertissant de main de maître l'avantage" souffre du fait qu'au coup précédant l'abandon, la position est encore nulle. Dans Rf6, Tb4, Pf4 / Rg4, Ff5, Pg6 les Noirs au lieu de 52...Rh4? 53 Tb5! se sauvent par 52...Rf3! (ou Rg3!) 53 Rg5 Rg3 54 Tb3+ Rg2 55 Tb5 Fe4! 56 Tb6 Rg3=.

p. 106 : l'auteur commente Hübner-Portisch 1970 sans malheureusement tenir compte des analyses du joueur des Blancs, notamment sur 36...Tc6 et 41...Ff4 (ses coups 7 et 12).

p. 109 : la comparaison entre les deux finales de Fous m'échappe d'autant plus que le coup f4-f5 est possible dans la seconde, contrairement à ce qui est écrit. Les Noirs ont un pion de plus dans les deux cas, qui suffira ou non, c'est une autre affaire.

p. 116-8 : intéressants développements sur Karpov-Debarnot 1977. Mais nous attendons d'un livre du XXIe siècle un avis plus marqué sur, par exemple, la variante du 8e coup, avec Tc7 + Pc3 / Tc2 et deux pions "f" et "g" de part et d'autre.

p. 120 : dans Gdanski-Anand 1987, je ne comprends pas le commentaire du 3e coup, se terminant par Rd1, Ta1, Cc1, Pc3, e4 & f2 / Rf7, Tb2, Ff8, Pa2, c6 & h7. Comment les Blancs se sauvent-ils après 6...Tb1 7 Txa2 Fh6 ? L'astuce 8 f4 ne fonctionne pas et 8 Tc2 Ff4 suivi de ...h5 est sans espoir.

p. 123 : 1 Te1 est certainement une typo pour 1 Te3.

p. 127-8 et 132-3 : Spassky-Karpov 1974 eût mérité d'autres développements ; on reste sur sa faim. De même pour Karpov-Kramnik 1996.

p. 144-5 : je ne vois pas le gain dans Rh2, Dg3, Pe5, f2, f4 & h4 / Rh7, De4, Pe6, f5 & g6. Pas davantage dans Rg3, Dh5, Pe5, f3 & f4 / Rg8, Dd7, Pe6 & f5 (17 Dg6+ Dg7 ou 17 Rh4 Rg7).

p. 158 : étrange que ni l'auteur, ni un autre qu'il cite ne considèrent dans Ra2, Df8, Pa3, b2, c4, e5 & f4 / Ra6, Dg4, Pa7, b6, c5, e6 & h6 le seul coup 12...Rb7! après quoi le gain est encore à démontrer. Et d'autres étrangetés, un coup donné comme "étonnant" nous semble accoucher d'une souris, l'auteur met 3 coups au lieu d'un pour placer sa Dame de f7 à f8, ce qui d'ailleurs ne donne rien, le plus résistant 11...Dxg4 n'est pas envisagé, etc. Toute l'analyse de la partie Adorjan-Orso 1977 me semble à refaire.

p. 163 : dans Re4, Db2, Pf2 & h6 / Re6, Dh5 de Topalov-Anand 2005, 14...Df5+ ne mérite pas de "?" puisqu'il est aussi bon que le coup proposé 14...Dg6+. La faute est au coup suivant : 15 Re3 Dg5+? au lieu de ...Dh3+! indiqué par Anand dans l'Informateur 94 quelques mois avant l'arrivée des tablebases 6 unités.

p. 164 : en désaccord avec l'auteur qui, après Boris Avrukh, donne le gain noir dans Rh2, Dd4, Pf4 / Rg6, Dg4, Pa5, f5 & h6. Après 4 Dd6+! (au lieu de Db6+) Rh5 5 De5!! que jouez-vous ? Une défense qui aurait beaucoup plu à Czerniak, à qui ce tournoi était dédié.
Les Noirs ne peuvent gagner (variante d'Elbilia-Skripchenko 1998).

p. 164 : tant qu'à faire, en désaccord aussi avec la suite. L'auteur faisant fonctionner son petit poisson, donne l'abscons 16...Rg8 avec "!!" (excusez du peu). En parfait Candide, je pique le pion a5 (Rg3, Da5, Pf4 / Rg8, De4, Pf5 & h6) et demande : comment réussirez-vous à prendre f4 avec échec ? Car j'envisage sur ...Dxf4 de perpétualiser. Malheureusement les Noirs peuvent pousser mon Roi en h1 et prendre à ce moment. En effet, comme le montre la suite de la partie, le RB doit être en g2 pour que le réseau fonctionne. Très bien, alors, qu'est-ce qui m'empêche de jouer de même dans la partie, en faisant fi des subtilités poissonnières ? Soit, dans Rg2, Da5, Pf4 / Rf8, De3, Pf5 & h6 (les Noirs gagnent, Elbilia-Skripchenko 1998), jouer 16...De2+! (au lieu de Dxf4?, il s'agit du 77e de la partie) 17 Rg1 Dg4+!! 18 Rh1 Dxf4 et le Roi noir montera jusqu'en g4, prévoyant sur De2+ l'échange ...Df3+! qui était impossible avec le RB en g2.

p. 171 : j'avoue être interloqué par le commentaire sur Smejkal-Karpov 1973. Dans Rf3, Df1, Fb7, Pa6, e4 & g3 / Rg7, Dh2, Fd4, Pd6, e5, g5 & h7, nous lisons qu'il "n'est pas trop tard" pour 18 Fc8 (le 47e de la partie). Mais ce coup perd au moins une pièce après 18...h5.

p. 180 : dans la variante donnée d'Ibrahimov-Dziuba (Rh2, Db8, Fc7, Pa2, b3, c4, f3, g2 & h3 / Rf7, De7, Fc6, Pa7, b6, c5, f5, g7 & h7) je préfère 4...Fxf3! immédiatement à 4...De2 5 Fe5!. Plus tard, 7...Dxe5+! est meilleur que 7...Dxg2+, donnant même un... gain noir.

p. 184 : il est vrai que la Dame est un mauvais bloqueur (5e du match Youssoupov-Timman de 1992). Précisément la proposition de Flear 2...Fd7 (le 30e coup de la partie) pour lui substituer un Fou, aurait mérité examen. De même que 10...Fc2 (au lieu de ...Rc7).

p. 187 : le plan séduisant de gain proposé dans Kasimdzhanov-Adams 2004 doit être affiné, car Rc4, Fe4, Pb5 & g6 / Rf6, Fb6, Pe6 est une forteresse. Il faut jouer Fb3! avant le transfert du Roi blanc, pour forcer les Noirs à observer le pion "g" avec le Fou plutôt qu'avec le Roi.

p. 191 : dans Re2, Dc3, Fe3, Pa3, b2, c4, f2, g3 & h4 / Rh7, Dh1, Fe4, Pa4, b7, e5, f5, g7, h6 (variante de Nguyen Thien-Cao Sang 2010) il est étrange que l'auteur ne voie pas le mat en 3 coups et indique à la place un "gain" illusoire par 1...Df3+?.

p. 196 : un petit "faites-vous la main" de l'auteur, Rh1, Dc1, Fg8, Pd4, e4, f4 & h7 / Rd7, Dh3, Fh5, Pc7, d6, e7 & h2, gain blanc.

p. 200 : dans Rg1, Db7, Fa7, Pc6, f2, g3 & h3 / Rh7, De5, Fa5, Pf6, g7 & h6 (variante du 50e de Bologan-Ponomariov 2006), je ne vois honnêtement pas comment les Noirs ont "trop de contre-jeu" après 8 Fb6.

p. 206 : je ne suis pas convaincu que 9 Df4 "répare le mal" ; les Blancs ont laissé échapper le gain.

p. 208-9 : 4 Db6 ou 4 Dc7 gobant le pion h4 (ou mieux) gagne sans sourciller. Mais surtout, dans Re3, Dd7, Pa6, b4 & f2 / Rh6, Dc2, Pe5, f5 & g6, je joue 19 a7 (au lieu de Dd3) et monte le RB vers les hauteurs.

p. 210 : erreur de diagramme.

p. 211 : j'ignore si dans Lasker-Pillsbury 1893 le sacrifice de Fou est "écrasant" et si la position noire doit "s'écrouler" mais le jeu des Noirs est particulièrement faible et ne le démontre pas. Quelques variantes justificatives seraient les bienvenues.

p. 213-4 : l'"incroyablement subtil" 4 Dd2 (avec deux points d'exclamation !) ne donne rien, de l'aveu même de l'auteur ! Mais de toute façon, il n'est pas question de l'énigme principale que pose cette partie. Considérons cette position : Rc2, Fg5, Pa4, b3, c4 & g3 / Re6, Cg6, Pa5, b6, c5, f5 & h5. Trait aux Blancs (Ljubojević-Karpov 1981 après le 45e coup noir).

Selon l'Informateur et le livre que nous examinons, les Blancs ont joué ici le coup logique 46 Rd3. Selon les grandes bases, ils ont joué 46 Rd2 (peur diffuse de ...Ce5+, sous-estimation de ...f4, ou nonchalance). Dans le second cas, cette bizarrerie admise, la partie est correcte, et le gain noir normal. Dans le premier cas, il y aurait un échange de fautes étonnant : 46...f4! 47 gxf4 h4? (47...Rf5!) 48 Re3? (48 Re4! h3 49 f5+ Rd7! 50 Rf3!=). Quelle est la vérité historique ?

p. 217 : aussi "terrifiant" que soit le 41e coup, il n'aurait pas donné grand-chose sans un écroulement des Noirs aux 44e et 45e coups.

p. 223 : une typo, il s'agit certainement de 6 g4+ (et non 6 h4). Et l'auteur passe sous silence le fait que 2...Re6? est une grosse faute.

p. 232 : les deux points d'interrogation sont certainement exagérés à 46 g5? de Savchenko-Kamsky 2010. L'auteur, qui ne tombe pourtant pas dans le travers de surestimer le couple D+C face à D+F, a le tort de gommer la phase technique de cette partie, où le Fou aurait pu faire montre de ses qualités, au lieu d'être immédiatement échangé par le joueur des Blancs.

p. 234 : de nouveau, le point critique n'est pas traité dans Miroshnichenko-Korobov 2004. Le principe d'échanger des pions en position inférieure n'a pas perdu sa validité, et pas davantage celui de ne pas donner un pion-Tour passé quand on se défend avec un Cavalier. Et donc (Rg2, Dd6, Ff3, Pa3, b4, e3, f2 & h5 / Rg7, Dc8, Cd7, Pa6, b5, e6, f7 & g6) je jouerais 10...gxh5 11 Fxh5 Cf6 au lieu de 10...g5 (le 40e coup de la partie). Incidemment, ni le joueur des Noirs ni l'auteur ne semblent avoir noté la triple répétition d'une même position.

p. 241 : la conclusion étant que Karpov-Anand 1991 pouvait se terminer par la nulle, il est possible de donner un "?" entier à 39 Dxf6+?, du moins dans l'état des connaissances de l'auteur... et des miennes ! Le point culminant est en effet paradoxal : Rf1, Dd1, Pa4, b3, c4, f4, g3 & h4 / Rg6, De3, Pa5, b4, c5, d3, f5 & h5). Trait aux Noirs : ils ne peuvent gagner, ni par ...Dxg3, ni par ...d2, ni par ...De4, ni... autrement !

p. 243 : dans Aronian-Miroshnichenko 2004, je ne parviens pas à me persuader que 27...Dd8, quittant la garde de b7 sans nécessité, soit la "plus forte résistance". Au moins fallait-il réfuter (si possible) 27...e5.

p. 249 : il se peut que "la position s'écroule", mais pas "immédiatement" après le 38e coup de Karpov-Quinteros 1981 (Rg1, Dd6, Fg2, Pb4, f2, g3 & h3 / Rg6, Df5, Ce6, Pb6, f7, g7 & h6). Sur 38...b5 (au lieu de ...Db1+) le pion sera perdu mais le Roi noir fondra sur son vis-à-vis blanc. Une variante justificative aurait été la bienvenue.

p. 257 : la "solution" de l'exercice Efimenko-Lahno 2005 me semble un peu courte. Dans Rc2, Dd3, Ce4, Pa4, b3, c4, f2 & g4 / Rg7, Dd8, Ff4, Pa5, b6, c5, d6, e5 & g6, la défense 46...Fg5! mène à une finale Cavalier contre Fou dont l'issue ne saute pas aux yeux.

p. 259 : certes 36...Cg3 fait preuve de ténacité dans Zukertort-Hein, mais peut-on en 2012 lui octroyer un point d'exclamation, sachant que 37 d5! gagne en quelques coups ?

p. 266 : une typo, le CNe4 empêchant les pions de l'aile-Dame de se mobiliser, non de l'aile-Roi.

p. 269-70 : après d'excellents propos pesant le pour et le contre, au sujet de l'usage d'ordinateurs pour se perfectionner en finale, notre auteur passe à côté d'un excellent exemple. Il donne une variante de Gheorghiu-Karpov 1982 arrivant à Rf2, Dc8, Ce3, Pa2, b3, e4, f3, g3 & h4 / Rd6, Dd4, Cc6, Pa5, b6, e6, f6, g7 & h7. Là-dessus il fait jouer 45 Df8+ Rd7 46 Dxg7+ etc. Le "silicon monster" manifeste un humour, comme toujours involontaire, en mariant l'inhumain 45 f4!! (sic) avec équilibre, et le parfaitement humain 45 Df8+?! Re5! (au lieu de Rd7?!) conservant l'avantage noir.

Dernières remarques.

Une phrase tirée de la préface : "Yasser, si vous voulez devenir bon aux Echecs, vous devez apprendre les finales", lui disait son prof. Jamais ne furent prononcées de plus sages paroles concernant les Echecs, confime Yasser. Lequel fut vite "contaminé" par les "endgame studies" que le professeur en question lui montra. Il ajoute qu'il eut la chance de pratiquer la compétition à un moment où l'ajournement existait encore (heureuse époque), ce qui lui permit de faire d'énormes progrès en finale, mais ceci est une autre histoire.

Le conseil de ne jamais désespérer, y compris contre de très forts joueurs, est essentiel.

Certaines distinctions de langage sont savoureuses, ce jeune homme a un style plaisant.

"Qu'une finale soit complexe ne signifie pas qu'un calcul profond soit exigé", nous est-il dit. Il y revient : "ne calculer que lorsque c'est indispensable".

Mais cependant : "Rien ne peut égaler la sensation d'aller au fond d'une finale complexe".

Et aussi : "Un coup naturel et logique peut être faux".

"Ne pas confondre optimisme et surestimation".

"Ne pas confondre intuition et paresse".

"Ne pas confondre prophylaxie et perte de temps : distinguer les moments où l'on pare des menaces de ceux où l'on craint des fantômes !".

"Certes, l'expérience ne peut faire de mal, mais la technique en finale dépend essentiellement d'un facteur : la patience".

"Vous manquez parfois un bon coup, non parce qu'il est difficile à trouver, mais parce qu'il est difficile à jouer".

Mon passage préféré du livre concerne l'analyse d'une partie Najdorf-Gligorić 1948, où notre auteur s'arrache les cheveux (qu'il a encore abondants) de ne pouvoir démontrer le gain avec Cavalier et deux pions passés contre Fou plus ou moins "mauvais", luttant héroïquement contre la Machine. "Je pouvais presque entendre ce petit démon métallisé ricaner de mes efforts futiles, on pourrait remplir tout un livre avec les exclamations dont j'ai abreuvé mon ordinateur", confesse-t-il. Si la vérité va contre les principes, ce sont les principes qu'il faut revoir, non la vérité !

Conclusion.

Une collection de finales sur des thèmes variés. C'est ainsi que l'entend ce très jeune auteur, loin de toute prétention ou immodestie. Livre divertissant, fait avec amour. Ce n'est sans doute pas le livre de l'année, quoiqu'on ait parfois donné ce titre à des ouvrages plus prétentieux ne lui arrivant pas à la cheville. Mais au moins la découverte d'un nouvel auteur plein de promesses, qui nous présente une nouvelle preuve de la beauté des finales et confirme la nécessité de leur donner la priorité.

Il ne s'inspire pas, contrairement à un auteur français, de Nietzsche et de Cioran, mais parvient à une conclusion analogue en citant un certain Nelson : on peut apprendre davantage en escaladant 100 fois la même montagne qu'en escaladant 100 montagnes différentes.

Variantes remercie chaleureusement Le Marquis de nous avoir permis de publier ce texte.

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